Sénégal: Probable aller-simple de Sonko pour Rebeuss : Comment peut-il se dépêtrer de ce traquenard ?

Sénégal: Probable aller-simple de Sonko pour Rebeuss : Comment peut-il se dépêtrer de ce traquenard ?

Ousmane Sonko a été arrêté. Non pas pour la principale affaire pour laquelle la Justice le «pourchasse» depuis quelques semaines, mais pour «troubles à l’ordre public». Et ces troubles, il les a causés pendant qu’il allait répondre à la convocation du juge d’instruction ! Ironie du sort ! Cette même convocation à laquelle il avait pourtant opposé une fin de non-recevoir ! 

Un député qui viole et menace de mort une employée d’un salon de massage est un acte hautement répréhensible et mériterait d’être traité sur le plan judiciaire avec la plus grande rigueur. Cette lecture n’aurait souffert d’aucun tamis si l’on ne se trouvait pas au Sénégal, à quelques encablures d’une présidentielle et si justement, la faute dite commise n’avait pas été reprochée à celui qui est arrivé troisième aux échéances électorales passées et qui se présente comme un challenger sérieux au «prince» du moment et/ou à son futur dauphin présidentiel. Certes Ousmane Sonko, la révélation politique sénégalaise de ces dernières années, a été un peu léger, il faut l’avouer. C’est sa vie privée, mais quand on est arrivé 3e à la présidentielle de 2019 et qu’on lorgne le fauteuil de l’Avenue Léopold Sédar Senghor (présidence) en 2024, on se doit de faire très attention en contrôlant vie privée et vie publique.

Déjà, Sonko devait savoir, depuis le jour où il a été congédié de la direction générale des Impôts où il officiait comme cadre, que le pouvoir ne lui ferait aucun cadeau. Et puis il a l’exemple Khalifa Sall qui aurait dû l’instruire.

Ceci dit, si Sonko a manqué d’être précautionneux, cette accusation de «viol» et la célérité avec laquelle son dossier a atterri devant le juge, sans oublier la levée fissa, en 2 heures chrono de son immunité parlementaire, tout ceci exhale un parfum de traquenard et de désir d’en finir avec un adversaire politique sérieux, accusations face auxquelles Macky Sall aura du mal à s’en défaire.

Le monde est petit. Les pratiques politiciennes ne sont fondamentalement pas très différentes d’une borne à une autre et d’une frontière à une autre. Les déboires judiciaires ont toujours servi à écarter les adversaires politiques de taille. Si ce n’est une affaire d’argent, c’est une «cause» de dessous de la ceinture. L’engrenage qui prend alors au cou les concernés devient infernal, long, interminable et d’une telle détestable efficacité qu’il finit par les tenir loin des marches du pouvoir.

Hama Hamadou, l’opposant nigérien, peut en témoigner. Et tout à côté de Ousmane Sonko, l’ancien ministre du ciel et de la terre, Karim Wade au Sénégal, a dû revoir ses ambitions devant la ténacité et la pugnacité de l’arsenal juridico-politique qui l’a aiguillonné. 

Il n’est pas dit que le «Pastefiste» en chef est tombé dans les mêmes rouages. Peut-être qu’il est vrai qu’il n’a pas été «tendre» avec l’employée du salon de massage. Il existe tout de même quelques «facilités» qui troublent tout esprit qui veut croire à la bonne foi du pouvoir de Dakar. Et l’un des éléments perturbateurs a été cette arrestation du député alors qu’il a finalement décidé de se rendre au palais de justice. Logiquement, ses partisans ne pouvaient pas sortir pour l’accompagner. Logiquement, ses partisans ne pouvaient pas ne pas réagir lorsque son véhicule a été immobilisé. Mais illogiquement, ce ne sont pas les partisans, les «troubleurs» au premier chef, qui sont arrêtés, mais plutôt celui qui était dans son véhicule ! Si ce n’est une sorte de «guet-apens» policier, on peut difficilement penser à une «heureuse» coïncidence. C’est quasiment certain en effet, que sous le qualificatif de «troubles à l’ordre» public, et le fait de le menotter dans la rue pour l’amener, augure d’un aller-simple pour la prison de Rebeuss. Oui, il est probable que le président du Pastef aille en prison, car ici aussi, ses partisans qui sont dans leur rôle en voulant l’accompagner à cette audition ont offert pain béni à la justice pour arrêter leur champion.

Et ni les chefs religieux qui ont déjà eu du mal à calmer le jeu, en convaincant le proscrit de se rendre à la convocation, ni personne ne peut arrêter la roulette judiciaire.

Que va-t-il maintenant arriver à Sonko ? Ses avocats auront-ils de la ressource pour le faire sortir de cet imbroglio ? Et ses partisans dans tout ça ? Le Sénégal risque-t-il d’ouvrir une page d’instabilité ? Comment Sonko compte-t-il se dépêtrer de ce guêpier ? Que de questions. La justice est procédurière, longue et souvent tatillonne. 2024, c’est dans 3 ans, mais à condition que le pape de solutions, son livre-programme, ne connaisse pas l’infamie de la condamnation ferme et celle surtout de l’inéligibilité.

D’aucuns indexeront la jeunesse de Sonko, mais c’est comme ça qu’on apprend la politique et si 2024 devait être forclos pour lui, il devrait mieux se pourvoir pour 2029, il a encore le temps devant lui. Ce sera sa maigre consolation en cas de peine lourde.

Ahmed BAMBARA

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