Levée de l’immunité de Mohamed Bazoum au Niger : Dernier Mouton sacrificiel de la démocratie à la sauce occidentale ?

Levée de l’immunité de Mohamed Bazoum au Niger : Dernier Mouton sacrificiel de la démocratie à la sauce occidentale ?

Le délibéré attendu du Conseil d’Etat, la juridiction créée par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), l’organe militaire qui dirige le pays au Niger, le verdict a tenu ses promesses concernant Mohamed Bazoum, le chef de l’Etat renversé le 26 juillet 2023 par ceux, justement qui veulent le juger : son immunité a été levée, et il devient un justiciable comme les autres, et sera jugé par un Tribunal militaire. C’est la décision tombée ce vendredi 14 juin 2024 à Niamey ! Prélude à un procès joué d’avance.

 

Perclus depuis sa chute, il y a 11 mois, et refusant toujours de signer sa démission, l’illustre prisonnier de la Présidence nigérienne, demeure même avec le temps qui s’est écoulé un poil à gratter pour le pouvoir du général Tiani.

Passés les tâtonnements de la CEDEAO pour une intervention militaire dont l’organisation n’avait pas mesuré les conséquences et l’impact impopulaire que cela produirait, et s’étant ravisé pour revenir à une realpolitik, passées donc toutes ces péripéties, le président Bazoum demeure le petit caillou dans la chaussure du général Tiani. Son fils libéré, lui reste un cas problématique. Et s’il était une sorte de «monnaie de change» au plus fort de la crise Niger-CEDEAO, il ne l’est plus, mais reste une équation que les militaires au pouvoir veulent résoudre, en passant par la case justice !

Il est donc reproché à Mohamed Bazoum de lourdes charges.

  • Financement du terrorisme ;
  • Faits présumés d’apologie du terrorisme ;
  • Crime de trahison ;
  • Complot d’attentat à la sécurité et l’autorité de l’Etat.

On le constate avec de telles accusations, il n’est pas évident que Bazoum ait fini avec sa privation de liberté. Il pourrait quitter son donjon de la Présidence nigérienne, pour les pénitenciers de Koutoukale ou Filingué, après évidemment un procès où il sera difficile à l’accusé de se laver de cette infamie qu’on lui a collée à la peau. Déjà, ses avocats dénoncent une violation délibérée des droits de la défense.

En vérité, le CNSP veut bien se débarrasser de ce prisonnier encombrant, mais en prenant toutes les précautions nécessaires pour qu’il n’y ait pas de coup de manivelle.

En fait, Bazoum est un président déchu qu’on ne saurait laisser aller comme ça !

Un exil vers la France, la Côte d’Ivoire, le Bénin et même le Burkina avait été susurré, mais, n’était-ce pas un ballon d’essai, quand on sait que pour le CNSP, Bazoum libre reste un adversaire sérieux, car si au Burkina Faso et au Mali, la lutte contre le terrorisme a été l’argument pour justifier les coups d’Etat, le putsch de Niamey du 26 juillet 2023, était un «coup d’Etat par convenance» pour reprendre le mot de l’ex-directeur de cabinet adjoint de Bazoum, Omar Moussa. Mais enfin, tout compte fait, s’il faut juger Bazoum, même avec une cour créée de toute pièce et le condamner ou par extraordinaire le libérer, c’est au moins une avancée pour ce dernier qui croupit en prison sans jugement et sans savoir ce qui lui est reproché, sauf d’avoir été élu président au suffrage universel. De ce côté au moins, le CNSP a fait un pas.

La leçon pour le cas Bazoum est que les militaires restent les maîtres du temps politique au Niger. La CEDEAO et ses chefs d’Etat amis, chacun ayant ses chats à fouetter, semblent avoir oublié Bazoum et l’ont abandonné à son sort inexorable. Mais bien sûr, l’homme possède toujours des amitiés solides, encore faut-il qu’ils puissent faire quelque chose en l’espèce. Il paraît être le dernier mouton sacrificiel de la démocratie à la sauce occidentale !

La REDACTION

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR