Le «plus jamais ça» d’IBK à  Ogossagou au Mali  : Une antienne galvaudée

Le «plus jamais ça» d’IBK à  Ogossagou au Mali  : Une antienne galvaudée

Ce sont des images pitoyables et teintées d’impuissance qui commencent à faire florilège au Mali : après chaque tuerie, quels que soient les auteurs, c’est un Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) qui se rend sur les lieux, pour témoigner de sa compassion, avec souvent des larmes perlant sur des joues, menacer, tancer et promettre le «plus jamais ça». Puis après pas grand-chose.

Hier 25 mars, 48 heures après le pogrom d’Ogossagou, dans le centre du Mali, le n°1 du pays n’a pas dérogé à ce rituel.

Ogossagou ! Tombeau pour 154 peuls occis, samedi dernier, par des croquants cruels dont les identités sont toujours polémiquées, tout comme l’acte moyenâgeux commis.

Un comportement d’un autre âge. La dernière génération de la bestialité. L’inhumanité dans sa plus cruelle expression. Les mots ne seront pas assez forts, assez puissants,  assez émotifs, assez émouvants, pas assez expressifs pour décrire l’horreur qui se dégage à l’énoncé de cette forme de barbarie qui s’est abattue sur les habitants d’Agossagou le samedi 23 mars 2019 dans le Centre du Mali. 

Le chef de l’Etat Ibrahim Boubacar Keïta s’est rendu hier sur les lieux du massacre de  ces Peuls. Maigre consolation. À cette visite présidentielle, on peut ajouter les chefs de l’armée limogés et la dissolution de l’association de chasseurs accusée d’avoir abrité les bourreaux de la centaine d’âmes du village d’Agossagou. Maigre consolation.

Qu’est-ce que cela représente-t-il pour le Malien rescapé qui a assisté impuissant au massacre de toute sa famille, de la suppression de tout ce à quoi il tenait et de tout ce à quoi il s’attachait ?  Qu’est-ce que la présence d’un chef d’Etat pour les familles du chef du village et du marabout, qui ont été toutes massacrées?

Infiniment rien. Dans leur entendement, des Maliens ne peuvent pas s’en prendre aussi ténébreusement à d’autres Maliens,  massacrant tout sur leur passage, y compris les enfants, ne laissant absolument rien attendrir, faire vibrer ce côté qui reste au fond de chacun de nous,  quel que soit le degré d’indifférence atteint. L’existence précède-t-elle vraiment l’essence selon le percept sartrien ? La bêtise humaine est-elle innée ou acquise ? Il faut donc trouver les coupables de ces assassinats.

Mais qui en sont les auteurs ?  Qui a fait ça ?  Des Dozos ?  Ces chasseurs mythiques qui,  dans l’imaginaire collectif de ce côté-ci de l’Afrique,  sont des symboles de probité, de bravoure et de respect de la nature,  dont immanquablement du souffle de la vie ?  Impossible qu’ils se soient laissés aller à un tel déni de l’objet de leur existence même. D’ailleurs, ils protestent et nient. Mais qui sait, entre eux et les peulhs, pour des histoires de pâturage, l’irréparable peut survenir…

Alors, qui ?  Des terroristes qui ont adopté le subterfuge du déguisement pour s’adonner à ce massacre aveugle et sans pitié ?  Possible. Mais alors il faudrait que les forces étatiques le prouvent, le révèlent, car oui,  les 154 suppliciés d’Agossagou ont besoin de vérité. Car de ce côté aussi, le doute habite bon nombre de Maliens, parceque la priorité pour les terroristes lorsqu’ils commettent des attentats, c’est de revendiquer, et que les médias en fassent la plus large diffusion. Or ici, jusqu’à présent, rien du côté de la nouria de katibas qui ensanglantent la région. pas même le FLM d’Amadou Koufa !

Mais la vérité seule ne suffira pas. Il faudra que l’équilibre soit rétabli. Les auteurs de carnage doivent être arrêtés, puis placés devant le purgatoire de la Justice. C’est à ce seul prix que les âmes qui ont été atrocement arrachées à la vie pourront connaître un début d’apaisement et que les vivants ne songeront pas à gratter la démangeaison de la douleur sur le mur de la vengeance et de l’amertume. Car le «plus jamais ça» n’aura de valeur et de sens, que si les auteurs de ces atrocités passent devant le box de la justice et paient pour leur forfaiture. Encore faut-il les attraper.

Mais tout ceci est-il possible sans la présence de l’Etat dans cette partie du Mali ? Non. Car l’Etat malien est absent dans cette partie du Mali. Car 154 vies ne s’effacent pas en 154 secondes.  Un État présent aurait pu arrêter ce chrono macabre. En effet, hélas, après le Nord, le Mali n’a plus prise sur son centre, et chaque jour qui passe voit Mopti et ses environs devenir ingouvernables, passer sous la férule de djihadiste, bandits et autres terroristes. Ce n’est pas sans raison que les rescapés qui sont revenus des bois d’Ogosssagou, ont supplié à IBK, de ne pas les oublier, dès son  retour à Koulouba, de penser à leur sécurité, eux qui ne sont même plus des Maliens de seconde zone.

Les 154 suppliciés d’Agossogou attendent donc. Avec la glaçante patience qu’impose le passage brutal à trépas. Ils attendent surtout que l’antienne galvaudée malien, le disque rayé du «plus jamais ça» seriné par premier responsable soit vraiment une réalité.

Ahmed BAMBARA

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