Le ras-le-bol face à l’incurie des autorités à faire face à l’insécurité et aux assauts répétés des terroristes a fini par quitter les domiciles pour la rue. Dans la journée du samedi 26 juin 2021, les populations du Sanmatenga et du Loroum ont exprimé leur colère contre «l’inaction et le silence du gouvernement» face à la recrudescence des attaques terroristes dans ces provinces.
Kaya et Titao ont connu ce week-end une effervescence inhabituelle liée à la conjoncture sécuritaire. Dans le Sanmatenga, qui, la veille (vendredi 25 juin), avait abrité les obsèques des 11 policiers tués dans l’embuscade du lundi 21 juin dernier, l’indignation et la colère étaient perceptibles. Femmes, hommes, jeunes et vieux ont répondu à cet appel pour exiger plus d’égard de la part des autorités sur le plan sécuritaire. Pancartes et balais en main et aux sons des vuvuzelas et sifflets, les manifestants ont arpenté les rues de la ville de Kaya en direction du gouvernorat pour la traditionnelle remise du message au gouverneur de la région du Centre-Nord.
Dans le Loroum, c’était le même son de cloche. Ils étaient des milliers à prendre d’assaut la place de la Nation dès le matin pour la cause. «Les morts et les morts, nous n’en voulons plus! Nous n’en pouvons plus ! A bas les autorités irresponsables !», sont entre autres des messages inscrits sur les pancartes des marcheurs du jour. A travers cette marche qui a par la suite dégénéré avec des actes de vandalisme enregistrés au Haut-commissariat de la province, les populations ont voulu donner de la voix contre ce qu’elles qualifient d’«abandon de leur localité». D’une seule voix, elles exigent : «le renforcement des dispositifs sécuritaires avec un détachement militaire, l’équipement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et davantage de vivres pour les personnes déplacées internes».
Au cours de ces deux manifestations, c’est l’inertie et l’inefficacité des méthodes de lutte contre le phénomène du terrorisme qui ont été dénoncées par des populations meurtries et apeurées. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce gouvernement critiqué et culpabilisé depuis la multiplication des incursions meurtrières des groupes terroristes porte sa part de fautes, même si ce terrorisme provient lui-même des aléas de la déflagration intervenue en Libye avec la chute du guide libyen.
Selon le commun des Burkinabè, les 4 et 5 juin derniers, (après le massacre de Solhan), il devrait avoir des secousses gouvernementales, rien que pour donner l’illusion que les autorités ont pris leurs responsabilités. Ici, non seulement la communication a péché par factuelle, célérité dont les médias qui se sont trompés ont payé cash, mais le manque d’actes forts a sidéré les Burkinabè. Aujourd’hui, même avec des congédiements, l’effet est amoindri car on dira que c’est la rue qui a poussé à le faire.
C’est pourquoi, l’heure est aux choix difficiles. Pouvoir et Opposition doivent oublier leurs querelles politiques, c’est le Burkina Faso qui a chaud et c’est à l’unisson qu’ils peuvent gagner la guerre contre cet ennemi insidieux et mortel. Cela nécessite des changements d’attitude, de la retenue et une clairvoyance pour sauver le pays de l’hydre terroriste. Désormais condamné à se battre seul sans Barkhane, le Sahel dont le Burkina Faso, doit se ressaisir urgemment. Ces populations qui crient leur «Basta !» face aux deuils interminables sont dans leur droit et ont raison. C’est aux gouvernants de prendre les bonnes décisions et montrer que l’Etat existe toujours et est capable de leur assurer un environnement sécurisé .
Davy Richard SEKONE
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