500 millions contre le référendum

L’opposition semble oublier la présidentielle !

L’initiative est inédite et originale : le CFOP a, en effet, lancé une opération de collecte de fonds, en vue de mener des actions contre le référendum. Ladite opération est déjà même en branle, puisqu’au 31 mai 2014, 2 151 625 FCFA ont été engrangés et au meeting de Bobo, le 14 juin dernier, ce sont 244 150 que les militants et sympathisants ont récoltés. Le lancement officiel de cette action dénommée «Campagne de souscription populaire contre le référendum», a été donné le 26 juin 2014.

 

C’est une souscription volontaire, populaire et anonyme. Son spectre s’étend des ventes de produits marketing (tee-shirts, polos et autres gadgets) à des dons en espèces. 500 millions de FCFA sont attendus pour un million de souscripteurs espérés, à raison de 500 FCFA par donateur, même  «100 FCFA ou 200 sont acceptés».

C’est un changement de mentalité, une sorte de révolution copernicienne dans la vie de l’opposition burkinabè : pendant longtemps, habituée à être biberonnée par le pouvoir, l’opposition tente par cette opération, d’être autonome financièrement. C’est de bonne guerre !

Au Burkina Faso et dans bien d‘autres pays de la sous-région, l’une des faiblesses criantes des opposants, est l’indigence, ou plutôt la maigreur des moyens financiers. Or pour une formation politique, c’est à l’aune de la force de frappe financière de son premier responsable que se dessinera la carapace du parti.

Dis-moi combien tu pèses financièrement et je te dirai ce que tu vaux politiquement. Pour organiser un meeting, tous les regards sont tournés vers le président du parti. Au Togo par exemple, dans les années 90, Gilchrist Olympio, alors figure  totémique de l’opposition, enchaînait meeting sur meeting, certes parce qu’il était populaire, mais parce qu’il dépensait de sa cassette personnelle, des millions par rassemblement des UFcistes. On n’est pas fils d’ex-président et surtout grand actionnaire d’Unilever pour rien. Les temps ont changé.

Au Burkina Faso, les marches du CFOP, de juin et juillet 2013, ont coûté chacune 6 et 7 millions de FCFA environ. Sur la quarantaine de partis, membres du CFOP, grosso modo, 4 ou 5 ont craché véritablement au bassinet.

Des meetings, marches et autres activités, il y en aura encore, c’est intenable à long terme, surtout sous nos cieux où les militants ne cotisent pratiquement jamais.

Ailleurs, ce sont pourtant les paniers communs des militants qui font marcher le parti. Ici, c’est au président du parti de se «débrouiller». Or, quiconque ose endosser la tunique d’opposant doit s’attendre à voir ses sources de financement assécher, c’est la loi de la diète noire. A moins d’être un opposant de pacotille ou un candidat-accompagnateur lors d’une élection, c’est-à-dire soutenu en sous-main à bras-le-corps par le pouvoir.

Ni les puissants du pouvoir, encore moins les opérateurs économiques, personne  ne lèvera le petit doigt pour vous donner un coup de pouce.

Pour les premiers, c’est normal, car ce serait le comble, si le pouvoir devait aider ses adversaires à le battre ! Pour les seconds, l’Etat étant le plus gros pourvoyeur de marchés publics, il est très dangereux d’avoir des accointances avec  les opposants, sous peine de perdre certains marchés. Toutes choses d’ailleurs normales, même dans les vieilles démocraties où le régime en place active des leviers pour étouffer financièrement ses adversaires.

On ne peut donc qu’applaudir, quand l’opposition burkinabè essaie de se dépêtrer de cette tutelle coercitive.

A condition toutefois, que si d’aventure, le CFOP rassemblait le demi-milliard de CFA, que la gestion soit exemplaire. L’argent et la tentation étant les deux pièces d’une même médaille, ce genre de souscription n’est pas exempte de risques. Assurance, bien sûr a été donnée par les responsables du CFOP, que transparence et redevabilité seront au cœur de la gestion de ce futur pactole, mais, comme on le dit, on est sûr de soi, mais pas des autres ! Et lorsqu’un donateur remet son bas de laine pour un idéal, il est de son droit d’être exigeant à l’égard du gestionnaire.

Enfin circonscrire ces 500 millions à la seule lutte contre le référendum nous paraît une vision à trop court terme. Et la présidentielle de 2015 ? Qui va la financer ? A moins que chacun ait mis un matelas de sous de côté.

Ayant débuté le combat pour l’alternance depuis plusieurs mois déjà, l’opposition est contrainte de tenir jusqu’à l’échéance de 2015. Une campagne présidentielle coûte très cher. Va-t-elle encore organiser une quête pour ce vote ?

A supposer que 4 ou 5 candidats de l’opposition se mettent sur la ligne de départ en 2015, il va falloir débourser individuellement, et si après par extraordinaire, ils faisaient chorus derrière le meilleur d’entre eux, il faut encore dépenser.

S’opposer, c’est prévoir aussi, et au Burkina jusqu’à une époque récente, on a eu l’impression que le pouvoir a eu toujours un gap d’avance sur l’opposition.

Pour notre part, il aurait fallu explicitement intituler cette campagne «contre le référendum et pour la présidentielle de 2015». C’est plus galvanisant, car le meilleur semble être au-delà de ce référendum à problèmes : l’alternance.

 

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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